Les critères communément
admis pour mesurer la performance d'un site internet
(unitairement ou relativement à un autre
site/groupe de sites) ne semblent pas représentatifs
de sa qualité réelle. En effet, si
les critères traditionnels (visites, visiteurs
uniques, pages vues) peuvent, dans une certaine
mesure, être pertinents pour des sites aux
revenus fondés uniquement sur la publicité,
leur généralisation à l'ensemble
des sites internet apparaît des plus hasardeuses.
Au plus, peuvent-ils être utilisés
dans une logique comparative temporelle afin de
mesurer les impacts d'une opération marketing,
par exemple. Dès lors d'autres critères,
génériques ou métier, doivent
être adoptés.
Les
critères habituels de mesure s'avèrent
inefficients
Le nombre
de visites, visiteurs uniques, pages vues et pages
vues par visiteur apparaissent comme un miroir
imparfait de la qualité réelle d'un
site internet.
Ces chiffres
sont tout d'abord soumis à caution, les
biais (volontaires ou non) abondant :
Auto-trafic
: il inclut le trafic provenant
de l'entreprise elle- même (page de démarrage,
procédures de test, démonstration),
lorsque le logiciel de statistiques n'a pas été
configuré pour l'exclure.
Organisation
de jeux-concours et autres promotions :
les jeux concours permettent de drainer un nombre
de visites important sur le site. Mais ce trafic
est artificiel et très peu qualifié.
Attaques
virales
Mise en place
de rafraîchissement automatique
des pages ou page avec redirecting
Passage des
robots (moteurs de recherche,
test de disponibilité de site type Witbe)
Concernant le nombre de visites à, quoi
sert d'avoir un nombre de visites important si
celui-ci ne se traduit pas en termes de business
?
De même
le nombre de pages vues, si le business model
de tout site internet reposait sur l'unique revenu
tiré des bandeaux publicitaires, pourrait
être utile. mais ce n'est pas le cas.
Enfin, l'indicateur
rapportant le nombre de pages vues au nombre de
visiteurs est soumis à des interprétations
multiples et contraires. En effet, un ratio faible
signifie-t-il que l'internaute trouve directement
l'information dont il a besoin ou bien qu'il quitte
le site précocement (information non trouvée,
site non actualisé, temps de chargement
trop long, pages confuses) ? De même, un
ratio élevé signifie-t-il que le
contenu fourni est captivant, que les pages sont
trop courtes ce qui contraint l'internaute à
cliquer inutilement ou tout simplement que l'arborescence
est confuse empêchant une obtention rapide
de l'information recherchée ?
Dès
lors, d'autres indicateurs, applicables à
tout site ou spécifiques au modèle
économique adopté, doivent être
préférés.
Seuls les
indicateurs permettant de mesurer la valeur intrinsèque
d'un site internet seront abordés ici.
Ainsi, les ratios financiers et techniques habituels
(rentabilité économique, CA, EBITDA.),
malheureusement trop peu utilisés, ne seront
pas abordés mais demeurent des indicateurs
clefs.
Les
indicateurs de qualité génériques
Cette partie
regroupe les indicateurs, pas ou peu employés,
applicables à tout site internet.
Le taux de
mesure de la qualité d'une rubrique indique
la qualité globale (marketing/éditoriale,
graphique, ergonomique) d'une rubrique telle que
perçue par l'internaute. Il est déterminé
par le rapport entre le nombre de personnes ayant
accédé à une rubrique et
le nombre de personnes ayant accédé
à une des sous- rubriques de la catégorie.
Par exemple, pour un site internet d'assurance,
le nombre de personnes ayant accédé
à la rubrique Assurance Habitation relativement
au nombre d'accès aux sous- rubriques de
cette catégorie (garanties, souscrire un
contrat, informations pratiques.).Ce ratio, dans
l'absolu, doit être proche de 1. En effet,
une valeur sensiblement supérieure à
1 indique un taux de perdition élevé
(contenu de déceptif ou page mal construite)
alors qu'une valeur sensiblement inférieure
à 1 indique que l'internaute ne trouve
pas aisément le contenu recherché
et qu'il est dès lors contraint de parcourir
plusieurs pages.
L'indicateur
de qualité technique apparente rapporte,
hebdomadairement ou mensuellement, le nombre de
pages en erreur (500, 404, 400.) au nombre total
de pages affichées sur une période
définie. Ce ratio doit être inférieur
à 1 %. Il permet principalement de constater
la persistance ou l'amélioration de la
stabilité d'un site lors, par exemple,
de la mise en place d'une nouvelle version.
Le délai
moyen de réactivité technique, calculé
mensuellement, correspond au délai moyen
constaté entre la détection d'une
anomalie visible par l'internaute (erreur 404
par exemple) et sa correction effective. Il n'y
a pas de valeur recommandée pour cet indicateur,
la cible étant bien sûr 0 - on remarquera
que bien souvent, plus le site est important,
plus ce délai est long, tant les procédures
mises en place sont lourdes -
Identiquement,
le délai moyen de réponse aux internautes
met en évidence le temps moyen de réponse
aux internautes suite à une demande (question,
rendez-vous, devis). Ce chiffre doit être
inférieur à 2 jours (en incluant
samedi, dimanche et jours fériés).
Les internautes formulent en effet souvent la
même demande à plusieurs sites concurrents
: le premier à répondre remporte
souvent l'adhésion.
Le ratio d'efficacité
référente indique la part du trafic
amenée par les moteurs de recherche/annuaires
et autres liens référents. La qualité
d'un site est en effet aussi mesurée par
l'efficacité de son référencement,
et plus précisément du nombre de
liens provenant de sites externes pointant vers
ce site et propres à fournir un trafic
qualifié gratuit. Au moins 30 % du trafic
devrait être amené par des liens
externes. De plus, les nouvelles méthodologies
de classement des résultats des moteurs
de recherche/annuaires utilisent l'indice de popularité
(déterminé par le nombre et la qualité
des liens référents). Il s'agit
ici du cercle vertueux du référencement
: plus le nombre de liens pointant vers un site
est important, plus les moteurs fondés
sur la popularité placeront ce site en
tête, maximisant ainsi le trafic drainé.
Les
indicateurs « métier » appliqués
aux sites d'assurance
Les indicateurs
« métier » sont relatifs aux
objectifs économiques spécifiques
assignés à un site. Afin de limiter
les effets induits par les aléas décrits
ci-dessus, ils sont majoritairement fondés
sur des statistiques hors page d'accueil, en privilégiant
les sous-rubriques. Illustrons cette nouvelle
approche par le secteur des sites internet d'assurance.
Ils, peuvent être découpés
en trois groupes selon leurs desseins économiques
: informatif, vente en ligne et hybride (informatif
et demande de devis sans vente en ligne). Trois
indicateurs distincts découlent de ce découpage
:
Pour les sites
informatifs ou hybrides, le principal indicateur
est celui d'enrichissement des bases prospects.
Il montre la capacité à obtenir
des informations sur les nouveaux visiteurs (e-mail,
téléphone, adresse physique ) à
travers les différents services offerts
: formulaire de prise de contact, newsletter,
demande de documentation. Il est déterminé
par le rapport entre le nombre de visiteurs ayant
fourni une de ces informations et le nombre de
visiteurs uniques. Ce ratio pourra être
décomposé en sous- indicateurs afin
de déterminer la contribution au résultat
de chacune des sources.
Le taux de
déperdition visites / devis ou visites
/ souscription en ligne, indicateur propre aux
sites de vente en ligne ou hybrides, est issu
du rapport entre le nombre de personnes ayant
accédé à une rubrique (habitation,
auto, entreprise..) et le nombre de souscriptions/demandes
de devis validées. Pour les sites hybrides,
et donc absence de tarification en ligne, un taux
normal est situé entre 25 et 30 %. En cas
de ratio sensiblement inférieur, il est
important de déterminer puis corriger les
causes de la déperdition : marketing, navigation,
temps d'affichage, ergonomie.
Le taux de
déperdition tarification/souscription effective,
mesuré par le rapport entre le nombre de
souscriptions et le nombre de tarifications, est
bien évidemment principalement sensible
au facteur prix. Mais l'ergonomie, le temps d'affichage,
le contenu (qui doit être propre à
rassurer l'internaute concernant le paiement en
ligne), l'organisme tiers en charge du paiement
sécurisé ou encore la possibilité
de payer hors-ligne permettront certainement de
l'améliorer.
L'utilisation
de nouveaux indicateurs qualitatifs et spécifiques
métier apparaît comme une avancée
importante à plusieurs titres. Ils permettent
tout d'abord de former une base de comparaison
objective entre différents sites d'un même
secteur. Ils autorisent aussi l'optimisation des
investissements marketing. En effet, à
quoi sert d'engager de lourdes campagnes publicitaires
afin de créer du trafic vers un site donné
si celui- ci ne présente pas les qualités
propres à garantir une transformation visiteur/client
suffisante, ou pire encore s' il s'avère
donner une image négative de la marque/entreprise
support. Ils constituent, de même, un ensemble
d'indicateurs communs propre à faciliter
le dialogue entre les équipes technique
et marketing. Enfin, les directions peuvent les
utiliser comme objectifs annuels alloués
aux différentes équipes d'un projet,
au même titre qu'un objectif de résultat
ou de rentabilité.
Stéphane
Lévy |